la musique nous emmène dans la Venise de Claudio Monteverdi, à la charnière de la Renaissance et du baroque, dans cet univers où la liturgie devient un véritable théâtre sacré. Monteverdi, maître de chapelle à la basilique Saint‑Marc, y invente une manière nouvelle de prier en musique, où la parole du psaume ou de l’hymne mariale se déploie comme une grande fresque dramatique et lumineuse. Le programme de ce concert tisse un pont entre deux grands sommets de son œuvre sacrée : les Vespro della Beata Vergine (les vepres de la bienheureuse vierge marie) et la Selva morale e spirituale, cette vaste « forêt morale et spirituelle » publié trois décennies plus tard. On y entend les portes s’ouvrir avec le « Deus in adjutorium », appel pressant à l’aide de Dieu, puis se succéder les grands psaumes – le Dixit Dominus, le Beatus vir – et le Magnificat, où la louange se fait tour à tour solennelle, dansante, jubilatoire, mais toujours profondément habitée par le texte biblique. À ces pages de la Selva répondent des extraits des Vêpres mariales, comme le Nisi Dominus ou l’Ave maris stella, qui replacent la Vierge au cœur de cette architecture spirituelle : la prière individuelle rejoint la prière de l’Église tout entière, dans une continuité de style et d’inspiration qui couvre presque toute la carrière de Monteverdi.
Au‑delà des titres, ce qui frappe, c’est la façon dont Monteverdi fait circuler l’énergie entre les voix et les instruments, jouant des échos, des dialogues, des contrastes de texture et d’espace. Parmi ces instruments, certains ont aujourd’hui presque disparu mais étaient essentiels à la couleur sonore de la basilique Saint‑Marc : les sacqueboutes, ancêtres du trombone, avec leur timbre grave et chaleureux qui soutient et enveloppe les voix, et les cornets à bouquin, instruments de bois au son étonnamment proche de la voix humaine, capables de lignes virtuoses et très expressives. Leur présence donne à cette musique un relief très particulier : on n’entend pas seulement un chœur accompagné, mais une véritable polyphonie de voix humaines et instrumentales qui se répondent et se fondent. Aux côtés des voix et des instruments, l’orgue positif joue un rôle de lien et de respiration : par son timbre plus intime que celui d’un grand orgue, il soutient le chœur, colore discrètement l’harmonie et apporte une présence chaleureuse, presque domestique, au cœur même de cette architecture sonore monumentale.
Dimanche 08 février 2026 : ACAP, Eglise Saint Gilles à Pornic, 17h00
Dimanche 1er Mars 2026 : Amis de l’Orgue, Eglise ND de L’Assomption à Olonne/mer, 16h00