{"id":62,"date":"2024-10-29T10:41:19","date_gmt":"2024-10-29T09:41:19","guid":{"rendered":"https:\/\/giocovocale.com\/?page_id=62"},"modified":"2024-11-23T16:09:44","modified_gmt":"2024-11-23T15:09:44","slug":"passion","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/giocovocale.com\/index.php\/passion\/","title":{"rendered":"PASSION"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la premi\u00e8re qualit\u00e9 de ces pages qui s\u2019impose : la simplicit\u00e9, l\u2019humilit\u00e9 m\u00eame du chant, le d\u00e9pouillement presque liturgique de l\u2019\u00e9criture vocale, mais aussi la rugosit\u00e9, l\u2019\u00e2pret\u00e9 de certains accords d\u2019orgue, le jeu contrast\u00e9 de la transparence du chant et de la violence passag\u00e8re de l\u2019accompagnement instrumental. Ne peut-on percevoir quelque chose du m\u00eame genre dans le paysage de Rocamadour ? L\u2019harmonie subtile des couleurs et la duret\u00e9 inhumaine des rochers, le jeu savant des toitures et la masse des montagnes qui les entourent, les \u00e9crase ? Le sanctuaire de Rocamadour est profond\u00e9ment plant\u00e9 au c\u0153ur du roc, il semble en \u00eatre une partie ins\u00e9parable, comme s\u2019il existait en cet endroit depuis toujours. Pareillement le chant des litanies semble si intimement li\u00e9 aux paroles qu\u2019il para\u00eet \u00eatre n\u00e9 avec elles.<br \/>\nUne \u00e9coute attentive de ces <strong>Litanies \u00e0 la Vierge Noire<\/strong> \u2013 qui est la premi\u00e8re \u0153uvre religieuse dans le catalogue de Francis Poulenc \u2013 nous invite \u00e0 nous interroger. L\u2019\u0153uvre respecte int\u00e9gralement le texte des litanies propos\u00e9 \u00e0 Rocamadour. Ce texte suit le plan de toutes litanies : une invocation au Dieu Trinit\u00e9 ouvre la pri\u00e8re, puis suivent les litanies proprement dites que conclue liturgiquement l\u2019invocation \u00e0 l\u2019Agneau de Dieu. L\u2019\u00e9criture vocale est tr\u00e8s simple : \u00e0 trois voix, toujours verticale (tout le monde chante en m\u00eame temps les m\u00eames paroles afin que chacun les comprenne), des harmonies consonantes dans un esprit \u00e9videmment liturgique. C\u2019est une des qualit\u00e9s merveilleuses de Poulenc que de parvenir \u00e0 des \u0153uvres chorales d\u2019une inimitable beaut\u00e9 \u00e9crite simplement dans une sorte d\u2019\u00e9vidence musicale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est qu\u2019avant de s\u2019\u00e9tablir aupr\u00e8s des cours ib\u00e9riques de Lisbonne puis Madrid, Domenico Scarlatti fut form\u00e9 le plus s\u00e9rieusement du monde par son p\u00e8re Alessandro, une gloire du baroque italien, qui l\u2019aurait volontiers install\u00e9 \u00e0 Florence ou Venise. Il obtint ses premiers postes importants \u00e0 Rome, \u00e0 la cour de la reine Marie Casimir de Pologne, puis il travailla \u00e0 Sainte-Marie Majeure aux c\u00f4t\u00e9s de son p\u00e8re et on le retrouve ma\u00eetre de chapelle \u00e0 la chapelle Giulia \u00e0 Saint-Pierre entre 1714 et 1719. C\u2019est vraisemblablement \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019il composa cet ambitieux <strong>Stabat Mater<\/strong>. Peu jou\u00e9 en concert et rarement enregistr\u00e9, le Stabat Mater repr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre ma\u00eetresse de la production vocale de Scarlatti. Unique dans sa dimension et sa complexit\u00e9 d\u2019\u00e9criture, il laisse supposer que le compositeur disposait de chanteurs pour le moins qualifi\u00e9s. \u00c0 la diff\u00e9rence de la tradition polychorale alors en usage \u00e0 Rome, les dix voix forment des parties ind\u00e9pendantes au sein d\u2019un unique corpus sonore.<br \/>\nPlus pr\u00e8s de la profession de foi et de l\u2019adoration que de la d\u00e9ploration mariale, dans la tradition du dolorisme baroque, l\u2019ouvrage poss\u00e8de une profondeur dramatique, une unit\u00e9 stylistique d\u2019une grande richesse harmonique utilisant une belle vari\u00e9t\u00e9 de timbres. Si le texte m\u00e9di\u00e9val de Jacopone da Todi a largement inspir\u00e9 les compositeurs du XVIIIe si\u00e8cle, la partition de Domenico Scarlatti se distingue de cette abondante production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jesu meine Freude<\/strong>, motet fun\u00e8bre compos\u00e9 \u00e0 Leipzig en 1723 par Johann Sebastian Bach est une \u0153uvre \u00e0 l\u2019architecture magistrale faisant alterner les strophes du choral luth\u00e9rien Jesu meine Freude (n\u00b0 1, 3, 5, 7, 9, 11) et des textes emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00eetre de Paul aux Romains (n\u00b0 2, 4, 6, 8, 10), les deux textes s\u2019\u00e9clairant mutuellement. Si le choral pr\u00e9sente la mort comme une d\u00e9livrance des souffrances du monde, l\u2019\u00e9p\u00eetre insiste sur la nature spirituelle et non charnelle de l\u2019homme. Tout le motet est organis\u00e9 sym\u00e9triquement autour de ce message central, chant\u00e9 dans la double fugue (n\u00b06). Selon une savante forme en arche, celle-ci est flanqu\u00e9e par deux groupes sym\u00e9triques de trois pi\u00e8ces, form\u00e9s de deux chorals figur\u00e9s encadrant un trio (n\u00b03, 4, 5 et 7, 8, 9), eux-m\u00eames entour\u00e9s par deux pi\u00e8ces jumelles \u00e0 cinq voix (n\u00b0 2 et 10) qu\u2019encadrent enfin le premier et le dernier choral, dans leur sobri\u00e9t\u00e9 verticale. A l\u2019\u00e9coute, cette stup\u00e9fiante beaut\u00e9 formelle peut \u00eatre \u00e9clips\u00e9e encore par la vari\u00e9t\u00e9 des types d\u2019\u00e9criture, des atmosph\u00e8res et la richesse expressive que Bach met ici en \u0153uvre.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">PROGRAMME<\/h2>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Litanies \u00e0 la Vierge Noire de Rocamadour<\/em><br \/>\n<strong>Francis POULENC<\/strong><br \/>\nChoeur de Femmes et Grand Orgue<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Stabat Mater Dolorosa<\/em><br \/>\n<strong>Domenico SCARLATTI<\/strong><br \/>\nChoeur \u00e0 10 voix &amp; Continuo<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Jesu meine Freude<\/em><br \/>\n<strong>Johann Sebastian BACH<\/strong><br \/>\nChoeur \u00e0 5 voix &amp; Continuo<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est la premi\u00e8re qualit\u00e9 de ces pages qui s\u2019impose : la simplicit\u00e9, l\u2019humilit\u00e9 m\u00eame du chant, le d\u00e9pouillement presque liturgique de l\u2019\u00e9criture vocale, mais aussi la rugosit\u00e9, l\u2019\u00e2pret\u00e9 de certains accords d\u2019orgue, le jeu contrast\u00e9 de la transparence du chant et de la violence passag\u00e8re de l\u2019accompagnement instrumental. 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